Lutte contre la résistance aux antimicrobiens : le rôle d’Antimicrobial Copper

Antimicrobial-resistant organisms are a major threat to global health

Le rapport O'Neill (Tackling Drug-Resistant Infections Globally: Final Report and Recommendationsparrainé par le gouvernement du Royaume-Uni et le Wellcome Trust, a été publié le 19 mai 2016. Il passe en revue les recommandations finales pour traiter la résistance aux antimicrobiens (RAM) de manière globale grâce à une réflexion à l’échelle mondiale. Avec environ 700 000 décès chaque année dus à des infections bactériennes communes mais causées par des souches résistantes aux médicaments, il souligne que le problème est déjà grave et que, sans action, il ne fera qu'empirer, entraînant un lourd tribut en vies humaines et des conséquences économiques à l’échelle planétaire.

La diminution de la consommation d’antibiotiques courants et l’augmentation du nombre de médicaments antimicrobiens efficaces pour traiter les infections résistantes sont les deux principales actions proposées. L'amélioration de l'hygiène et de la prévention de la propagation des infections sont suggérées pour réduire la demande en antibiotiques et l'une des étapes les plus fondamentales est de briser la chaîne de transmission. Le secteur de la santé présente un risque élevé pour la propagation des infections bactériennes et le rapport exhorte un retour à l'ère pré-antibiotique, lorsque la prévention de l'infection était une priorité et que les traitements restaient limités.

Dans l’interview qui suit, Le professeur Bill Keevil expose les défis liés à la prévention et au contrôle des infections et la contribution que peuvent apporter les surfaces de contact en cuivre antimicrobien.

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"Repenser l’environnement hospitalier" ; Discussion avec M. le Professeur William Keevil

Interview : Rédaction AMR-Times / Le Temps de la Résistance antimicrobienne

Le Professeur Bill Keevil, Directeur de l'Unité Santé environnementale à l'École des Sciences biologiques de l'Université de Southampton, est un chercheur spécialisé sur la contamination des surfaces, les biofilms et les mécanismes physiologiques d’adaptation de survie des pathogènes. Il est également membre du groupe de pilotage du réseau NAMRIP, « UK Network for Anti-Microbial Resistance and Infection Prevention ».

Question : En tant qu’expert du contrôle infectieux et membre fondateur du réseau NAMRIP (Réseau Résistance Antimicrobienne et Contrôle Infectieux) pourriez-vous nous dire, pourquoi, à votre avis, les pays sont insuffisamment mobilisés sur ce domaine ?
 

Pr William Keevil : Dans de nombreux cas, les pays ont des ressources limitées pour lutter contre les infections et ne dépensent pas assez sur le contrôle infectieux, en particulier pour des choses simples comme le nettoyage régulier des installations de soins, avec une attention particulière sur les surfaces de contact telles que les poignées de porte, les plaques de poussée, les bras de chaise et les rails de lit. Certains pays comptent sur un simple lavage des mains comme mesure préventive importante pour ce contrôle, mais, même là, le niveau de fiabilité du lavage régulier des mains est encore loin d'être idéal pour le personnel et les visiteurs dans les établissements de santé, malgré les efforts de l'OMS pour promouvoir un programme de lavage des mains.
 
Question : Les responsables des systèmes de santé donnent l’impression de mal percevoir le rôle ’amplificateurs’ de ceux-ci dans la dissémination d’infections pharmaco-résistantes ?
 

Pr William Keevil : La situation est en train de changer en raison des programmes d'éducation de l'OMS, et les fonctionnaires et les hommes politiques se rendent compte qu’un système de contrôle infectieux réduit la morbidité et la mortalité, réduit le nombre de séjours prolongés dans les hôpitaux causant des ‘embouteillages’ pour les lits et des coûts élevés pour les contribuables.
Un problème majeur, et qui doit être résolu rapidement, est l'utilisation excessive d'antibiotiques dans l'élevage intensif menant à l'évolution rapide de pathogènes résistants, avec des personnes infectées utilisant des systèmes de transport aérien modernes et pouvant ainsi propager l'infection autour du monde en un jour ou moins. Notre travail a montré que les gènes de résistance aux antibiotiques sont transférés rapidement d'une super-bactérie à une autre espèce sur les surfaces de contact telles que l'acier inoxydable, ce qui signifie qu’un voyageur infecté par une mauvaise hygiène des mains peut passer dans un aéroport, toucher plusieurs surfaces laissant là ses super-bactéries, puis une autre personne d'une autre partie du monde peut ajouter ses bactéries à la même surface, créant ainsi une menace de super-bactérie encore plus grande. Le nettoyage de ces surfaces de contact toutes les heures est impraticable. C’est là où des mesures offrant une protection 24/7 deviennent un complément important à un nettoyage régulier. En effet, notre travail a montré que les alliages de cuivre utilisés pour les surfaces de contact peuvent tuer rapidement les bactéries, les virus et les champignons, et éviter aussi d’importants transferts de gènes de résistance aux antibiotiques sur les surfaces de contact. Ces bactéries comprennent les super-bactéries SARM, C. difficile, Acinetobacter baumannii, les E. coli producteurs de bêta-lactamase à spectre étendu (BLSE) et Klebsiella pneumoniae (KPC) produisant des carbapenamases, qui sont maintenant à l'origine de nombreux foyers épidémiques dans le monde entier. Les virus comprennent ceux de la grippe, des adénovirus, des coronavirus humains (parents de SRAS et de MERS) et le très robuste Norovirus, ce qui suggère que les surfaces en cuivre antimicrobien devraient être efficaces contre le virus Ebola, etc.
 
Question : Vous faites un plaidoyer pour l’usage du cuivre. Est-ce que l’efficacité du cuivre pour réduire la dissémination des bactéries sur les poignées (et autres surfaces de contact) a été étudiée depuis longtemps ?
 

Pr William Keevil : Dans le milieu de la santé, les propriétés bénéfiques du cuivre pour guérir les infections étaient bien connues des civilisations anciennes, comme il y a 5 000 ans en arrière en Égypte, en Inde et en Chine, et plus récemment en Grèce, en Amérique du Sud et dans l'Europe médiévale. Ces propriétés ont été oubliées quand nous avons migré, à notre époque, vers l'utilisation de matériaux contemporains tels que l'acier inoxydable, l'aluminium et les plastiques pour les surfaces de contact comme les poignées de porte. Nous avons commencé nos études sur les propriétés antimicrobiennes du cuivre à la fin des années 1980, et nous avons enquêté sur le contrôle des biofilms, Legionella pneumophila et E. coli O157 dans les systèmes de plomberie en cuivre, avant de travailler sur les surfaces de contact dans les usines de transformation des aliments et les hôpitaux.
 
Question : Vous avez ainsi poursuivi ces recherches sur les propriétés?
 

Pr William Keevil : Par la suite, nous avons montré en laboratoire, et plusieurs autres groupes l’ont fait aussi, que des surfaces de contact en alliage de cuivre sèches (contact avec la main) ou humides (à partir de fluides corporels tels que la toux et les éternuements, etc.) tuaient les pathogènes bactériens, viraux et fongiques. Nous avons également décrit les mécanismes impliqués, y compris une attaque directe des ions de cuivre libérés sur la respiration cellulaire des bactéries et leurs membranes, affectant leur intégrité, et la destruction de leur ADN, de sorte qu'aucune mutation de résistance ne peut se produire. Une deuxième réaction se produit également lorsque les bactéries libèrent de petites quantités de peroxyde d'hydrogène à partir de leur métabolisme qui convertit le cuivre en espèces hautement réactives de l'oxygène, tels que des radicaux hydroxyles qui accélèrent les mécanismes de destruction. Donc, en effet, les bactéries commettent «un suicide métabolique» sur le cuivre. Ces études de laboratoire ont été mises en œuvre avec succès dans la pratique clinique. Les premières études au Royaume-Uni et États-Unis ont rapidement été suivies par des études dans le monde entier montrant que les services hospitaliers obtenaient jusqu'à 90% de réduction du nombre de bactéries sur les surfaces de contact communes par rapport à d'autres matériaux tels que l'acier inoxydable.
 
En outre, une importante étude impliquant deux hôpitaux, un à New York et un à Charleston, États-Unis, a démontré une réduction de 58% du taux d'infection quand bien même des quantités modestes d'alliages de cuivre ont été utilisées pour des surfaces de contact proches des lits de patients, telles que les rails de lit, les tables et les bras de chaises pour les visiteurs.
Ce n’est que récemment que nous avons découvert qu'un médecin américain, le Dr Phyllis Kuhn, avait fait une mise en garde dès 1983 sur le risque d'une augmentation des taux d'infection lorsque les poignées de porte en laiton avaient été remplacées par de l'acier inoxydable dans son hôpital à Philadelphie. C'était prémonitoire, mais son avertissement a malheureusement été négligé.
 
Question : Et en termes de coûts efficacité ?
 

Pr William Keevil : Le principe de « mieux vaut prévenir que guérir » est plus vrai maintenant que jamais, quand nos ‘‘remèdes’’ aux antibiotiques échouent en raison de l'émergence généralisée de la résistance. Il y a peu de différence entre le coût de l'acier inoxydable et ceux de divers alliages de cuivre antimicrobien, ceux-ci sont avantageux lors de la construction de nouvelles installations de soins de santé pour les surfaces de contact. Même pour une modernisation des hôpitaux, le remplacement de matériaux contemporains avec des alliages de cuivre est rentable. Ceci a été démontré par une analyse coûts-bénéfices de l'Université de York qui a révélé que si l'on inclut les économies obtenues par la réduction de la morbidité et de la mortalité, la diminution des temps de séjour du patient et un moindre traitement antibiotique, le temps de récupération des coûts quand on rénove les surfaces de contact avec des alliages de cuivre était seulement de 2 mois.

Professeur C. William Keevil PhD CBiol FRSB FAAM
Directeur de l'Unité Environnement Soins de Santé, Centre for Biological Sciences
Université de Southampton, Royaume-Uni

Le cuivre et les alliages de cuivre sont des matériaux techniques, résistants, colorés et recyclables. Ils sont disponibles dans une grande variété de formes et de produits, adaptés à des usages très divers. Le cuivre et ses alliages offrent pour les concepteurs une large gamme de matériaux pour la fabrication de produits fonctionnels, durables et rentables.

Le cuivre et certains de ses alliages possèdent des propriétés antimicrobiennes intrinsèques (sous la désignation de cuivre antimicrobien ou antibactérien, autrement dit Antimicrobial Copper en anglais). Les produits fabriqués à partir de ces matériaux spécifiques ont un avantage supplémentaire, participant à l'hygiène. Les produits en cuivre antimicrobien constituent une aide supplémentaire, et non un substitut, dans le cadre des pratiques usuelles visant le contrôle des infections. Il reste primordial que toutes les mesures d'hygiène courantes soient maintenues, y compris celles liées au nettoyage et à la désinfection des surfaces environnementales.

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